Mathilde Khlat, journaliste

L'information en dis-continu

PHILOSOPHIE Francis Wolff, un philosophe multi-dimensionnel

Réalisé pour le CFPJ (01/12/2011)

Ce philosophe n’aime pas les carcans. Revenu du militantisme, il trouve dans la philosophie une source intarissable de questionnements.

Francis Wolff (Photo de Marieclavier)

Une certaine nuit en mai 1968, en plein quartier latin, un jeune étudiant en classe préparatoire à Louis le Grand se réfugie à l’Ecole Normale Supérieure pour échapper à une émeute. Francis Wolff ne se doutait à ce moment qu’il étudierait rue d’Ulm. Drôle de premier pas pour le futur diplômé en philosophie à l’ENS, qui n’avait pas non plus imaginé un jour, avoir un bureau au premier étage du Pavillon Pasteur à Normal Sup. Élève, maître de conférences, professeur, directeur adjoint – chargé des Lettres, Sciences humaines et sociales -, et directeur du département Philosophie, cet érudit  a grandi au sein de l’ENS, temple du savoir et de l’épanouissement.

Or le parcours de cet homme d’origine juive allemande fut loin d’être évident. Objet de persécutions en Allemagne, la famille Wolff se disperse en 1933. Ses parents s’installe à Puteaux et occulte la culture juive. La famille vit dans l’arrière boutique du magasin de journaux des parents, « les conditions sont plus que précaires mais l’environnement aimant » insiste-t-il. A 12 ans, le petit Francis décide de préparer sa bar-mitsva sous l’impulsion d’un oncle paternel. Pendant un an, il se plonge avec passion dans l’étude du judaïsme et devient croyant. Avec le rabbin de Neuilly, Gourevitch, ils échangent, débattent, étudient des textes. Premier contact intellectuel marquant qui révèle au jeune garçon sa passion pour « les questions sans réponses, les mystères de la vie, les chemins qui ne mènent nulle part, les grandes questions métaphysique ». Sa foi s’estompe puis se renouvelle sous une autre forme, l’engagement politique d’extrême gauche. Sa volonté de comprendre et de combattre les injustices est vive. Mais elle se solde par de la déception quand il découvre que la religion ou le militantisme ne sont que « des obsessions, des normes, des interdits, des visions simplificatrices du monde ». Le décès du ministre chinois Linpiao en 1972, la tragédie au Cambodge sont des traumatismes qui lui font quitter l’action politique. « J’ai éprouvé un sentiment de soulagement et de libération. »

Dans son bureau de la rue d’Ulm, le décor est sobre. Seul  le portrait de Descartes triomphe derrière cet homme accessible et chaleureux. La philosophie lui permet de questionner le monde à  l’infini. Dès la terminale, il est d’ailleurs convaincu : « je ferai de la philosophie ma vie ». Selon lui, « le philosophe a cette particularité d’avoir gardé les questions de l’enfant,c’est quoi et pourquoi, avec une voix d’adulte, avec de la rationalité et de l’argumentation. »

Aujourd’hui, connu pour ses ouvrages sur la période antique, l’homme moustachu se considère comme « un philosophe hybride ». Après l’étude des textes, il veut maintenant philosopher  sur la musique classique et le jazz, prochain objet d’étude d’un livre. Dans l’arène de Nîmes, il a la révélation taurine à 19 ans. « J’ai découvert quelque chose qui ne ressemble à rien, d’une beauté unique. » Encore un mystère qu’il a tenté de percer dans un ouvrage Philosophie de la corrida. L’Espagne est devenue sa patrie de cœur. Il y aussi le Brésil où il a enseigné, il s’y sent « comme un poisson dans l’eau ».

A son fils et à sa fille, il essaie d’insuffler autonomie et liberté de choix car « la première tâche des parents est d’apprendre à leur enfant à se passer d’eux». Ce philosophe a su trouver sa voie, seul.

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Cette entrée a été publiée le 1 décembre 2011 par dans Portraits, et est taguée , , , , , , , , .
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