Mathilde Khlat, journaliste

L'information en dis-continu

CULTURE Rideau de fer sur le Tacheles

Le Tacheles a été construit en 1909 pour devenir une galerie commerciale laissée à l’abandon puis utilisée comme prison nazie durant le seconde Guerre Mondiale. (c) Gettyimage

A Berlin, le mythique mais contesté squat d’artistes a fermé définitivement ses portes après 32 ans d’existence.

Pour les Berlinois, c’est la fin d’une époque. Le Tacheles, emblématique squat d’artistes, a été fermé mardi dernier par des huissiers épaulés par la police. L’annonce ne fait pas l’effet d’un choc – cela faisait des années que sa fermeture était reportée – mais elle attriste. Tout Berlinois qui se respecte a déjà foulé le sol de ce bâtiment construit en 1909. L’immeuble en ruines était un symbole : celui de la richesse de la mouvance alternative berlinoise. Tacheles, du verbe yiddish « expliquer », était l’un des derniers havres artistiques qui avaient fleuri après la chute du Mur de Berlin en 1989, lorsque Berlin, en pleine ébullition, attirait des artistes du monde entier. Les cinq étages couverts de tags accueillaient un théâtre, un cinéma et une trentaine d’ateliers où résidaient des artistes de toutes nationalités. Le porte-parole du lieu, Martin Reiter, dénonce le «  vol d’une œuvre d’art protégée par la police ».

La ville de Berlin aurait pu éviter cette fermeture en acquérant le terrain. Mais Klaus Wowereit, le maire, n’a jamais envisagé cette possibilité. L’ancienne galerie commerçante, sur la grande artère touristique, Friedrichstrasse, représente aujourd’hui une fortune dans la capitale où flambent les prix de l’immobilier (3 000 euros/m2). Et la Nordbank, propriétaire de la bâtisse de 1 250 m2, n’était plus prête à accepter un loyer mensuel de 50 centimes d’euro. Surtout depuis que l’association qui gère le lieu est en faillite et a traversé plusieurs scandales concernant sa mauvaise  gestion.

Pour Julia, berlinoise, l’espace commençait à « perdre son sens premier, un emblème de la contre-culture et de la contestation politique, pour devenir un lieu dédié au marketing où il était possible d’acheter affiches, tee-shirts et autre objets à l’effigie du lieu ». Près de 400 000 touristes s’y sont pressés ces dernières années.  Le lieu « est symptomatique de l’évolution de la ville qui tend à s’embourgeoiser et à attirer de jeunes actifs qui font grimper les prix de logements populaires » explique Antonia Blau, chargée de la programmation culturelle à l’Institut Goethe à Paris.

Les pétitions, suspendues en guirlandes sur la devanture de la bâtisse, n’ont rien changé. Cette fermeture sonne le glas du célèbre slogan berlinois, « arm aber sexy » (pauvre mais sexy). Sur des pancartes affichées mardi par les sympathisants venus assister à la fin de l’aventure, on pouvait lire : « Berlin n’est bientôt plus sexy ».

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Cette entrée a été publiée le 6 septembre 2012 par dans Decryptages, et est taguée , , , , , , .
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