Mathilde Khlat, journaliste

L'information en dis-continu

SOCIÉTÉ « Je veux juste être une mère comme les autres »

Réalisé pour le CFPJ

Dans une lettre ouverte au ministre de l’Education, un collectif demande que les mères voilées puissent à nouveau encadrer les sorties scolaires.

Assina, membre du collectif "Mamans toutes égales" et ses fils au parc Montreau à Montreuil (c)mathildekhlat

Assina, membre du collectif « Mamans toutes égales » et ses fils au parc Montreau à Montreuil (c)mathildekhlat

« Je ne demande pas une faveur, juste le droit d’être une mère comme les autres. » Anissa, 34 ans, est mère de trois enfants ; d’origine marocaine et née en France, elle est musulmane pratiquante, voilée, et milite au sein du collectif « Mamans toutes égales ». Mercredi dernier, les membres du collectif ont lancé un nouvel appel au gouvernement : elles demandent au ministre de l’Education, Vincent Peillon, d’annuler la circulation publiée par Luc Chatel en mars dernier qui empêche les mères voilées d’accompagner les sorties scolaires. Porter un signe religieux ostentatoire  lors d’une sortie est désormais associé à un trouble à l’ordre public, les parents-accompagnateurs étant considérés comme des agents du service public. Une phrase dans un règlement intérieur d’une école, inscrite à la discrétion du directeur ou de l’enseignant, suffit pour qu’elles soient interdites de sorties scolaires.

Sur un banc du parc de Montreau à Montreuil, la jeune femme, voix limpide et regard vif, explique qu’elle aimerait participer à une sortie pour faire plaisir à Mohamed, son fils en CM1. En novembre 2011, le tribunal administratif de Montreuil avait donné raison à l’école Paul-Lafargue, école de Mohamed à l’époque, contre une mère voilée qui demandait d’annuler cette disposition du règlement intérieur. Pour nombre de ces mamans, qui sont présentes matin, midi et soir devant les écoles pour venir chercher leurs enfants, qui sont les premières à faire des gâteaux pour la kermesse ou qui se portent volontaires pour être déléguées de parents d’élèves, le choc a été immense à la découverte de cette circulaire « passée en douce avant l’élection présidentielle », ajoute Anissa. Un texte que François Fillon avait refusé de publier en 2004 alors qu’il était ministre de l’Education. « Quand nous décidons de veiller sur l’éducation de nos enfants, on nous l’interdit. Rien ne permet de dire que nous sommes de mauvaises mères parce que nous portons le voile et nous exclure de la vie scolaire de notre enfant. » Anissa en a les larmes aux yeux.

ACCUSEES DE PROSELYTISME

Pour le président de la FCPE, Jean-Jacques Hazan, la décision est « contre-productive » car « les élèves risquent de ne plus s’investir s’ils ont le sentiment que l’école rejette leur mère ». Anissa l’a constaté avec Mohamed. Il ne voulait plus aller à l’école et a dû être suivi psychologiquement. A l’inverse, Thierry Gaubert, président du Haut Comité à l’intégration, et Albert-Jean Mougin, vice-président du Syndicat national des lycées et collèges, estiment qu’un vêtement reconnu comme signe religieux constitue un élément objectif de prosélytisme. Une position qu’Anissa juge « contraire aux valeurs d’ouverture, de tolérance que doit enseigner l’école ». Pour celle qui se décrit comme une « business woman » depuis qu’elle s’est engagée comme porte parole du collectif, lutter est une obligation. La jeune femme au foulard bleu turquoise et aux lunettes sérieuses assure qu’elle ne baissera pas les bras bien qu’elle se sente un peu seule : beaucoup de femmes voilées n’osent pas parler, ce n’est pas dans leur culture d’élever la voix, de se montrer dans les médias. Du coup, c’est elle qui monte au front. Malgré la réticence de son mari.

« Leur crime, c’est de cacher leurs cheveux avec un voile et de rendre visible la présence de la religion musulmane en France », s’insurge l’intellectuelle Annie Ernaux dans une lettre de soutien au collectif en janvier dernier. Lasse des amalgames entre musulmans, islamistes, terroristes, Anissa constate une islamophobie grandissante, depuis la présidence Sarkozy. Aujourd’hui, les femmes voilées se sentent dans le viseur des politiques. « Plus les médias parlent de nous, plus les femmes revendiquent leur identité et décident de porter le voile », constate la jeune mère. Si la circulaire n’est pas retirée, Anissa changera ses fils d’école pour les inscrire dans une école musulmane. Elle, qui a étudié à l’école de la République, qui avait une mère voilée et n’avait jamais vécu l’exclusion, est consciente que ce repli communautaire n’est peut-être pas la solution. Mais, au moins, elle n’aura pas cette peur du rejet. Anissa espère que le changement c’est maintenant, tout en ajoutant : « J’ai l’impression que la France ne veut pas de nous ».

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Un commentaire sur “SOCIÉTÉ « Je veux juste être une mère comme les autres »

  1. Sihem
    31 octobre 2013

    Bonsoir, je voulais vous dire bravo pour votre courage et faisant partie du collectif « Sortie Scolaire : Avec Nous « de Blanc-Mesnil, je vous informe aussi d’un Rassemblement qui aura lieu Mercredi 13 Novembre 2013 à 15 heures devant l’Inspection Académique de Bobigny pour crier haut et fort cette discrimination envers les mamans voilées qui sont interdit de sortie scolaire. On vous attend nombreux et nombreuses ce jour là. Sihem du collectif SSAN

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Cette entrée a été publiée le 7 septembre 2012 par dans Reportages, et est taguée , , , , , .
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