Mathilde Khlat, journaliste

L'information en dis-continu

POLITIQUE Erreur de casting pour le FN à Paris

Wallerand de Saint-Just, avocat de Jean-Marie Le Pen, sera le candidat du Front National (FN) à Paris pour les municipales en 2014. Une personnalité peu charismatique issue de la frange la plus conservatrice du FN. Un parti qui peine depuis toujours à conquérir les Parisiens.

Wallerand de Saint-Just, candidat Front National pour les élections municipales à Paris en 2014. ©frontnational

Wallerand de Saint-Just, candidat Front National pour les élections municipales à Paris en 2014.
©frontnational

« Paris sera une bataille de femmes », titrent déjà les médias. A un an des élections municipales, tous les projecteurs sont braqués sur les candidates parisiennes (Anne Hidalgo, Nathalie Kosciusko-Morizet, Marielle de Sarnez, peut-être Cécile Duflot…). A croire que la mairie de Paris n’est briguée que par la gente féminine. Un homme figure pourtant dans la compétition, le seul pour le moment : le frontiste Wallerand de Saint-Just, 62 ans, trésorier du Front national (FN) et secrétaire départemental du parti à Paris. Une candidature qui passe inaperçue car le FN pèse peu sur la carte électorale de la capitale.

A la dernière élection présidentielle, Marine Le Pen a recueilli à Paris 6% des votes, son plus faible score en France. Et pour les élections municipales, de 2001 et 2008, l’extrême droite n’a enregistré qu’environ 3,5% des bulletins, des résultats bien en dessous de la moyenne nationale. « En 2008, nous avons touché le fond, nous allons faire un meilleur score en 2014. Mais nous n’avons pas les  moyens d’Anne Hidalgo ou de NKM », se justifie Wallerand de Saint-Just, accusant le coup d’une future défaite.

Wallerand de Saint-Just, candidat « invendable » pour les municipales

Surreprésentation des diplômés et CSP+, gentrification, forte présence d’immigrés… Pour le politologue, Joël Gombin, spécialiste du vote d’extrême droite, « la sociologie du vote reste défavorable au FN à Paris, ça n’est pas prêt de changer». Et ce n’est pas avec Wallerand de Saint-Just que les perspectives de victoire dans l’un des vingt arrondissements semblent se dessiner. « Il est un retraité de la politique plutôt qu’un espoir montant du FN », constate Joël Gombin. Nicolas Lebourg, historien des extrêmes droites au Centre de Recherches d’Histoire des Sociétés Méditerranéennes (CRHSM) est catégorique : « Wallerand de Saint-Just représente une impasse. Il aurait fallu choisir une femme du service public ou Florian Philippot. » Ce dernier, haut fonctionnaire de 31 ans, chargé de la stratégie et de la communication du FN, aurait pu être un candidat solide. « Avec son côté bourgeois, il aurait pu avoir un profil sociologique plus intéressant », poursuit Nicolas Lebourg qui note un réel problème de casting.

Wallerand de Saint-Just, personnalité connue au sein du FN où il milite depuis 20 ans, est lié à l’Action française, a défendu Jean-Marie Le Pen sur ses multiples dérapages et références antisémites. « Il est invendable », affirme l’historien Nicolas Lebourg. Au contraire, pour Nicolas Bay, responsable de la campagne des municipales pour le FN, « il se démarque des deux candidates interchangeables gaucho bobo, NKM et Hidalgo. Et le contexte politique nous ouvre la voie ». Quant à Wallerand de Saint-Just, il se réjouit d’avance : « L’affaire du mariage pour tous peut jouer en notre faveur car NKM a eu la même attitude qu’Hidalgo ».

Le Rassemblement Bleu Marine pour dédiaboliser le Front National

Bien qu’il espère « passer la barre des 10% », Paris n’est pas un enjeu phare pour le parti créé en 1972 par Jean-Marie Le Pen. Mais l‘objectif est – contrairement aux dernières municipales – d’avoir des conseillers municipaux élus dans les arrondissements, voire même des conseillers de Paris. Un pari réussi en 1983 par Jean-Marie Le Pen qui mena sa liste au second tour dans le 20e arrondissement. Mais depuis ni Marine Le Pen ni Marion Maréchal-Le Pen n’ont réussi à se faire une place à Paris et en Ile-de-France, territoire encore hostile au FN.

En 2014, le parti mise cependant sur le Rassemblement Bleu Marine (RBM) : « Les listes seront soutenues par le FN et le RBM, une bannière qui sert de sas pour ceux qui se rapprochent de nous mais ne veulent pas adhérer au FN stricto sensu. C’est un sas de décompression », plaisante Wallerand de Saint-Just. Car l’enjeu pour les prochaines municipales se situe dans la normalisation du parti en vue de la prochaine présidentielle en 2017. Le FN compte bien asseoir lors des municipales sa popularité locale (principalement dans les petites et moyennes villes de la France périurbaine) et celle du RBM pour éparpiller les traditionnels soutiens de l’UMP. « Marine Le Pen doit disposer d’un maillage d’élus locaux dans la perspective des futures échéances électorales », avoue Nicolas Bay. Ce sera certainement sans le soutien de Paris !

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Cette entrée a été publiée le 3 juin 2013 par dans Decryptages, Portraits, et est taguée , , , , , , , .
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